Le Cahier Noir

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Alice Emmanuel

Membre Nacht Und Nebel

sexe 19 ans

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Texte publié
le 1er juillet 2008


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Le parapluie



Cela faisait maintenant une semaine qu’il n’avait pas cessé de pleuvoir sur Paris et ses banlieues. Un immense couvercle sombre et grisâtre semblait avoir été oublié là, lourd, pesant. Sur la départementale qui reliait Montreuil à Romainville, cette maudite masse nuageuse ne se lassait pas de pisser sur le pare-brise de William.

  __Saloperie de temps de chien ! Jurait-il tout haut, et pas moyen d’y voir à plus de trois mètres !

  Il était 23 heures et William rentrait du bureau. Il s’était fait à l’idée que sa femme ne l’attendrait pas. Cela faisait deux mois qu’elle ne l’attendait plus les soirs. William aimait bien les vendredis à 23 heures, mais ce soir-là, même sa voiture semblait pleurer, et ce malgré la danse des essuie-glace qui s’acharnaient, devant ses yeux, à exécuter un balai hypnotique.

 

  Aux confins de la fatigue et de l’endormissement, il vit soudainement surgir de l’obscurité et du bord droit de la route une jeune femme qui semblait attendre. Alors, pour briser la routine, William s’arrêta. La jeune femme ne se pressa pas mais monta tout de même dans la voiture, à l’arrière, inexplicablement. William pensa qu’il s’agissait là d’une mesure de sécurité : il y a deux ans de cela, Marie Lamolière, auto-stoppeuse d’un soir, était montée dans une 206 rouge. Elle avait été déposée quatre kilomètres plus loin, découpée du vagin jusqu’à la gorge entre deux viols. Elle avait eu le malheur de protester lorsqu’elle avait senti une main remonter le long de sa cuisse. En bref, William concevait parfaitement qu’une jeune auto-stoppeuse puisse se méfier, du moins assez pour ne pas s’asseoir à l’avant. Il était quand même un peu vexé que l’on soupçonne en sa personne un nécrophile violeur et assassin. Peu importe. Il remarqua qu’elle avait d’ailleurs un joli visage, de ceux qui sont à la fois charmants et peu communs. Une face d’ange et un regard suppliant. Rajustant son rétroviseur, il remarqua qu’elle avait aussi de belles jambes. Comme sa jupe s’arrêtait au niveau des genoux, William s’aperçut que, à la faveur de sa position assise, il pouvait presque observer son entre-jambe ; avec un peu plus de lumière il aurait même pu identifier la couleur de sa culotte pensa-t-il. L’œil accroché au rétroviseur, William ne regardait plus beaucoup la route suite à ce constat.

  Il était timide et elle, peu bavarde. Le mutisme et la robe blanche de cette muette lui rappela ces histoires de Dame Blanche que, enfant, son « salaud de frère » Victor lui racontait dans le seul but de le terroriser. Il s’imaginait alors que, au moment ou il regarderai dans son rétroviseur, il verrait avec effroi un cadavre pourrissant sur la banquette, à la place du joli corps, ou encore qu’elle paniquerait à la vue d’un virage avant de disparaître ou de provoquer un accident.

  Mais cette route était désespérément droite et les revenants ne se parfument pas.

 

  Au bout de dix minutes de route, il daigna tout de même lui demander sa destination, étonné qu’elle ne se soit pas manifestée avant.

  _Je vais à Romainville, où est-ce que je vous dépose ?

  _ La prochaine à gauche , dit-elle alors d’une voix fragile et mélodieuse. Cette phrase brève suffit à William ; il la répéta.

  Elle avait exactement la voix que William lui avait imaginée alors qu’il fantasmait sur son identité, mais sublimée toutefois par la réalité. C’est important la voix, cela ajoute une musique au tableau. Comme certains synesthetes associent des couleurs aux sons, William avait donné un timbre de voix au teint pâle d’un visage. Et puis sans la voix, c’est les ténèbres : le silence est à l’oreille ce que l’obscurité est à l’œil ; et les voix, des visages pour les tympans.

 

  Il tourna donc à gauche et déposa la jeune femme à environ 150 mètres, à sa demande, en face d’une maison qui faisait le coin de la rue. Avant de sortir, elle esquissa enfin un léger sourire accompagné d’un remerciement à la fois discret et symphonique qui semblait se perdre dans le fracas diluvien de la pluie qui tombait, dehors.

  Alors, le temps d’un soupir, il regarda ce jeune corps frêle s’éloigner, regrettant peut-être. Une si belle enveloppe charnelle devait contenir une âme toute aussi admirable se disait-il. Et puis, elle semblait si fragile sous cette pluie battante, il aurait tout de même pu l’accompagner avec son parapluie! Sa timidité n’excusait pas son manque de manières pensait-il. Il se souvint alors qu’elle en avait, un parapluie, en montant dans la voiture. En se retournant, il constata qu’il était en effet sur la banquette arrière, abandonné, oublié lui aussi .

  C’était un beau parapluie mais William décida tout de même de le ramener, et puis, au fond, il mourait d’envie de revoir le visage de la dame au parapluie oublié. Il sortit donc de sa voiture qui pour la première fois, compte tenu des circonstances, lui parut confortable, et s’élança sous les trombes d’eau jusqu’au seuil de la maison qui faisait l’angle de la rue.

  William sonna.

  Le parapluie en main, il rajustait son col lorsque, lentement, la porte s’ouvrit. A sa grande surprise, ce fut une dame fatiguée qui venait de lui ouvrir la porte, elle semblait avoir la cinquantaine et portait une chemise de nuit. La mère de la jeune auto-stoppeuse sans doute. Mais pourquoi sa fille n’a-t-elle pas ouvert, puisqu’elle venait de rentrer à l’instant ? Tant pis, William ne la reverrait pas. Il rendit tout de même le parapluie noir :

  _Tenez, dit-il déçut, vôtre fille est monté dans ma voiture et elle a oublié son parapluie.

  William s’attendait à une réaction comme « un jour elle oubliera sa tête » ou « merci, vous êtes bien aimable ». Mais, alors qu’il tendait l’objet face à elle, la quinquagénaire, stupéfaite, adressa un regard plein d’étonnement et de tristesse à la fois à un vieil homme derrière elle, son mari, probablement ; lui semblait indigné, puis paniqué. William ne comprenait pas. Il était peut-être interdit à la jeune femme de rentrer en auto-stop pensa-t-il. A son âge ! Il comprit très vite la raison de leur réaction quand la mère s’exclama :

  _Mais enfin c’est impossible, notre fille Marie est…

  Elle ne finit pas sa phrase, frappée soudainement d’effroi, et referma la porte précipitamment. William entendit le bruit du verrou et, en tendant l’oreille, l’ordre que la mère donnait à son mari, paniquée apparemment : « appelle la police ! » William, avec un peu de recul, pût lire alors sur la porte « famille Lamolière ». Il comprit qu’il devrait s’enfuir maintenant ou se préparer à expliquer l’inexplicable.

 



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Posté le 1er juillet 2008 à 10h48

Flèche Message n°49478

Avatar de Azarov

Azarov

Membre optimiste

29 messages



"Cela faisait deux mois qu’elle ne l’attendait plus les soirs". Il me semble que "le soir" serait plus correct.

 

  "(...) un balai hypnotique". Vu le contexte, je dirais qu'il faut orthographier "ballet".

 

  "Tenez, dit-il déçut...". Il faudrait mettre "déçu" (vu que le féminin est "déçue" et non pas "déçute").

 

  Voilà pour les petits détails formels...

 

  Sinon, concernant l'histoire, je suis partagée : tu joues avec les codes du genre (prise de distance du narrateur par rapport à ces histoires de fantômes autoroutiers déjà vues mille fois), et du coup, personnellement, je m'attendais à une chute originale Alors qu'au final, la chute que tu donnes est vraiment classique. Ce qui fait que ton histoire est une "variation sur le thème" plus qu'une réécriture véritable, il me semble.

 

  Cela dit :

  - Tu voulais peut-être juste écrire une histoire de fantômes classique ;

  - J'ai tout lu d'un trait, tu donnes envie de savoir la fin, et je pense que c'est une bonne qualité pour un texte.

 

  Voilà, fin du monologue.

 

 

  Azarov.



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Posté le 1er juillet 2008 à 13h29

Flèche Message n°49484

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Alice Emmanuel

Membre Nacht Und Nebel

14 messages



Merci, je prends note de tout ça.

  En ce qui concerne la chute, le but était d'éloigner le lecteur de l'idée du fantôme: je voulais faire en sorte que le narrateur dévoile une partie de la chute pour que le lecteur pense à autre chose. J'avoue que c'était risqué, mais qui ne tente rien n'a rien; je voulais essayer.

  C'est vrai que l'intention était aussi d'écrire une histoire de fantôme "basique" en me servant de toutes les histoires qu'on m'avait raconté quand j'étais gamin, et de quelques légendes urbaines/ populaires concernant ce genre de récits.

  Quant aux fautes d'orthographes, je m'excuse, certaines sont vraiment énormes.



____________

Alice. E


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